Plan de relance du PS : « Yes, we can’t ! »
J’ai écrit cet article pour le journal Nouvelle Solidarité du 5 fevrier 2009.
« Pourquoi pas 100 milliards ? », ironisait cyniquement Patrick Devedjian à propos du plan de relance du Parti socialiste, version Martine Aubry.
Or, même à hauteur de 100 milliards d’euros, le plan d’action socialiste ne relancerait pas l’économie française. Pourquoi ? Parce qu’il reste dans le moule. Le problème n’est pas une question de sommes en jeu, mais une incapacité des « experts », de gauche ou de droite, à dépasser les dogmes anti-économiques qui nous ont conduits à la crise actuelle. Le cas du plan de relance socialiste est emblématique de cette prison mentale et émotionnelle, qui empêche la principale force d’opposition de reconnaître la faillite d’un système dans lequel la plupart d’entre-eux ont construit leur carrière. Ils se trouvent donc, entre leurs barreaux, incapables de poser les bases d’un projet compétent, porteur de développement des hommes et d’espérance.
Persuadés de la justesse de leur approche et, surtout, libérés du risque de voir leurs mesures appliquées, il est fort probable que les Socialistes soient convaincus de son efficacité. Droits dans leurs bottes, comme l’était un certain Jospin jusqu’au 21 avril 2002, jour de sa défaite aux élections présidentielles, grâce à un programme déjà élaborée par… Martine Aubry.
Le plan socialiste
Le plan de relance socialiste se chiffre à 50 milliards d’euros (2,5 % du PIB français),
Censé être « massif, global, adapté aux enjeux », il est en fait composé de mesures défensives insuffisantes et inadaptées à la crise, ainsi que de mesures trop conventionnelles pour être qualifiées d’offensives. Surtout, il n’est nulle part question d’une banqueroute contrôlée des instruments financiers détenus actuellement par les banques, sans laquelle aucune de ces mesures ne pourra voir le jour.
Tout d’abord, comme l’affirment les dogmes économiques contemporains, politique de relance « de gauche » rime avec relance de la consommation et de l’emploi. Sont donc proposées une myriade d’aides et de subventions, dont certaines sont bien évidemment nécessaires, comme la généralisation du chèque transport, la revalorisation des allocations logements de 10 % et le doublement de la subvention d’Etat pour le logement social, avec un effort particulier pour les jeunes.
A ces mesures s’ajoutent d’autres visant à stimuler l’emploi dans le BTP grâce à la mise en chantier de 300 000 logements sociaux, puis à relancer les emplois assistés de l’époque Jospin/Aubry, dont 100 000 emplois aidés supplémentaires et 100 000 emplois pris en charge à 75 % par l’État dans le secteur non marchand. Il s’agit de contrats à temps plein d’une durée de trois ans.
Tout ceci ponctué de quelques mesures de charité, comme les 500 euros versés aux bénéficiaires de la prime pour l’emploi et des minima sociaux ou les 3 % d’augmentation du SMIC, c’est-à-dire 30 euros !
Ensuite, comme l’exige la « modernité » sociale-démocrate, il faut relancer l’investissement, sans pour autant nous dire d’où sortiront les fonds, ni ce que l’on fera des critères de Maastricht. Parmi elles, « un pacte de relance entre l’Etat et les collectivités locales » pour leur donner plus de moyens, un plan de rattrapage et de modernisation de l’hôpital public, remettant en cause les baisses d’effectifs lancées par le gouvernement Sarkozy, la création d’un pôle public d’investissement industriel et de fonds régionaux d’investissement et de ré-industrialisation, des crédits d’impôts bonifiés pour les PME-TPE innovantes et des modulations d’impôts sur les sociétés, selon que leurs bénéfices seront réinvestis ou distribués aux actionnaires.
Enfin, impact de la crise économique et financière internationale oblige, il faut bien proposer quelques mesures de régulation financière, sans qu’on nous dise par quel miracle l’Etat, qui a été évincé de l’économie par le Traité de l’Union européenne négocié par Mitterrand et ses principaux collaborateurs, aura l’autorité pour le faire.
Parmi elles, des mesures de suppression des indemnités et autres bonus pour les PDG, l’interdiction pour les banques ayant perçu une aide de l’Etat de verser des dividendes ou de racheter leur actions, une modification forte de la politique de crédit des banques en direction des ménages et des entreprises frappées par la crise, et l’entrée de l’Etat dans les conseils d’administration des banques recapitalisées.
Pourquoi ça ne marchera pas
Ils ne voient pas le problème
Martine Aubry et ses amis font de l’économie comme on joue aux échecs.
Ils ont beau faire le constat d’« une crise structurelle, exceptionnelle et sans précédent, par son ampleur, sa violence, sa gravité », ils continuent à « jouer » sur la même table, avec les mêmes pièces et suivant les mêmes règles.
Dans ce « jeu de l’échec », chaque pièce avance de case en case, chaque position étant le résultat de la suite des coups précédents, tout cela organisé d’après un protocole fixe. Que certains s’appuient plus sur la Reine et d’autres sur les pions, ne changera jamais le fait que les possibilités d’action — et de réflexion — seront toujours restreintes aux règles du jeu.
Ce carcan de pensée qu’ils ne voient pas, c’est la civilisation d’après 1968 : celle du libéralisme social et économique. Celle de la société de consommation et de services, où l’homme ne transforme pas le monde par ses découvertes et leurs applications, mais sert une idéologie et un système. Il n’est pas considéré comme responsable, pas plus que l’Etat qui, relégué à un rôle de gestionnaire de crises, de personnel et de ressources fixes, a perdu sa capacité de chef d’orchestre de l’économie commune et d’instigateur du futur, laissant libre cours à l’économie financière pour se nourrir de l’économie productive.
Cette illusion de la société « bobos » a pu durer un temps grâce à la croissance exponentielle, purement spéculative, du financier à l’échelle internationale. Ce sont ces dettes faramineuses et impayables qui aujourd’hui nous rappellent à la réalité, nous menaçant d’une hyperinflation du type de celle de l’Allemagne de Weimar en 1923 et de ce qui l’a suivie…
Mais bien que les socialistes reconnaissent le rôle néfaste joué par la finance dans cette crise, le procès des responsables de ce que beaucoup appellent désormais la pire crise de l’histoire de l’humanité, n’est pas pour aujourd’hui… « Le coût de la crise devra être mis en partie à la charge des secteurs qui en ont été à l’origine, à savoir le secteur financier et bancaire, dès lors que la situation sera stabilisée, à moyen terme. »
Ils restent dans le moule
Consciemment ou pas, les amis de Martine Aubry pensent que seuls quelques malheureux dysfonctionnements ont entraîné inégalités et pauvreté, mais qu’ils peuvent être corrigés par les mécanismes classiques, à l’intérieur de ce système. Cette incapacité à sortir du moule est visible dans ce constat :
« L’accroissement des inégalités, les bas salaires, la précarité, les régressions sociales sont à l’origine du dévoiement du système financier et économique. Le recours croissant à l’endettement des ménages et des entreprises était la conséquence logique d’un système qui refusait la progression du pouvoir d’achat de l’extrême majorité des salariés mis en concurrence à l’échelle mondiale, et d’une recherche par les actionnaires de taux de profits incompatibles avec la croissance réelle des économies.
Ici, A=>B=>C, mais on ne parle pas de la boîte dans laquelle ils se trouvent et qui permet ces relations de causes à effets. La boîte qui définit cet enchaînement de choses est celle qui a été créée par une oligarchie financière internationale qui, depuis une trentaine d’années, a dérobé aux Etats le contrôle de l’émission de crédit et orienté les flux financiers presqu’uniquement vers la spéculation financière.
Même chose ici :
« Si son déclenchement aux Etats-Unis trouve son origine dans la crise des « subprimes », la crise est d’abord la conséquence d’un accroissement constant des inégalités dans le partage des richesses, dans l’ensemble des pays industrialisés, depuis le milieu des années 1980 [sic], à laquelle on a cru pouvoir répondre par un recours incontrôlé à l’endettement. »
Enfermés dans leur carcan de pensée, ils ne se demandent pas comment « un système qui refusait la progression du pouvoir d’achat de l’extrême majorité des salariés » a pu perdurer , ni comment des « taux de profits incompatibles avec la croissance réelle des économies » ont pu devenir la règle.
Ils ne remettent donc pas le système en cause
Le plan socialiste ne prend rien de tout cela en compte. Pour lui, le système économique international a simplement été « dévoyé », il faudrait même « sauver le système ». Alors qu’il paraît que cette crise « est d’abord une crise de système, que les socialistes avaient anticipée et dénoncée, en appelant notamment à de nouvelles règles financières internationales ». [Super sic]
Preuves :
- Ils ne rejettent pas les politiques de renflouement des banques par les Etats comme étant parfaitement illégitimes car transférant à la collectivité les pertes de banquiers parfaitement corrompus. Ils soutiennent même les renflouements effectués par les pays européens administrés par des socialistes, notamment l’Espagne et l’Angleterre. Il est vrai que c’est l’ancien Premier ministre socialiste, Pierre Beregovoy, qui avait nommé en 1988 Jean-Yves Haberer à la tête du Crédit lyonnais, dont le renflouement a coûté plus de 8 milliards d’euros au contribuable.
- Ils ne s’opposent pas « au vote d’un plan permettant d’apporter une garantie de l’Etat aux prêts interbancaires et à certaines opérations de recapitalisation des banques », comme celui adopté par Gordon Brown la semaine dernière. Pour information, la capacité de l’Espagne à rembourser sa dette vient d’être mise en cause par l’agence de notation Standard & Poor’s. Et partout en Grande-Bretagne, on s’interroge sur les effets de l’intoxication (empoisonnement d’un Etat qui avale les effets toxiques des banques) du Royaume.
- Dans la seule allusion à un nouveau système financier international, un « nouveau Bretton Woods » [qui] concerne toutes les nations, et notamment les pays émergents », il est expliqué que « la mise en œuvre et le suivi des nouvelles règles pourraient être confiés au Fonds monétaire international », c’est-à-dire une des institutions qui ont conduit le système là où il en est aujourd’hui, tout en ruinant les fameux pays émergents !
Ils bidouillent
Pire, ils nous ressortent les bonnes (mauvaises, dans ce cas) vieilles recettes, toujours dans la même mécanique : à une politique de relance par l’offre (version « de droite »), je substitue une politique de relance par la demande (version « de gauche ») :
(Je suis de droite, il faut aider les « producteurs », de biens… et de services)
(Je suis de gauche, il faut aider les consommateurs)
C’est encore explicite ici :
« Or c’est précisément à cet impératif de réduction des inégalités et de protection des plus vulnérables face à la crise que M. Sarkozy et son gouvernement se révèlent aujourd’hui incapables de répondre. Le plan de relance qu’ils proposent contient certes un volet destiné à relancer l’offre et l’investissement, mais rien n’est prévu pour stimuler la demande et augmenter le pouvoir d’achat du plus grand nombre. »
Au-delà des mécanismes, c’est le modèle de société postindustrielle et de ses déchets qui doit être remis en cause. C’est ce que se refusent à faire les amis de Madame Aubry, d’où un plan de relance hors sujet.
Aujourd’hui (conclusion)
Je me suis concentré, dans cet article, sur les limites économiques et financières du plan de relance socialiste, mettant de côté divagations écologiques et autres attaques dogmatiques et systématiques vis-à-vis de la droite, toutes témoignant de l’ignorance de ce qui fait la source de l’économie (et c’est bien là tout le problème) : la créativité humaine.
Il serait en effet bien difficile de produire ou de consommer des biens, si un être humain n’en avait découvert le principe et ne l’avait réalisé.
L’économie, ce n’est ni la science des flux d’argent, ni celle des échanges de biens et de services, mais celle qui permet aux êtres humains, souvent à travers l’Etat, de favoriser, organiser et appliquer leurs propres découvertes. C’est une science – parce qu’elle touche à ce qui est unique en nous – qui doit nous rappeler sans cesse à notre responsabilité : celle de n’accepter ni les règles arbitraires, ni les limites de notre connaissance et de redonner toujours davantage que ce que l’on nous a appris, pour le bien de tous. Les voitures à hydrogène, la fission nucléaire 4ème génération, avant la fusion, pour l’énergie et le dessalement de l’eau de mer, un réseau de trains à lévitation magnétique pour transporter le développement, les hommes et leurs idées, l’aventure spatiale, sont autant de défis que l’Homme doit affronter aujourd’hui pour construire demain.
Cet idéal de justice et de progrès pour tous, c’était l’idéal de Jaurès et de Mendès-France. C’est encore celui de nombreux socialistes. C’est surtout celui auquel trop de déçus ne croient plus.
N’est-il pas temps de leur prouver qu’ils ratent quelque chose ?

Aubry n’a apporté qu’une chose aux socialistes: depuis qu’elle est là, ce qu’ils ne faisaient pas avant en silence, ils ne le font toujours pas, mais en chantant la Marseillaise.
On en regretterait presque Ségolène Royale!
2009 c’est l’année où le système capitaliste s’éffondre et le PS au lieu de rebondir et sortir de ce système, se jette dans le confort de sa propre tombe.
2009 c’est aussi les 150 ans de Jean Jaurès, alors j’éspère que quelques individus de cette profondeur vont passer au premier rang, à la faveur des chamboulements qui s’annoncent…
@ Alx,
Je suis d’accord, beaucoup de bruit pour pas grand chose.
@ Bébert,
Jean-Jaurès, c’est qui ?
Là, mon gars, tu t’es déchiré !